Niger : A2DK, une association qui œuvre pour le développement du Kawar

30 يونيو 2023

L’association Agir pour la Découverte et le Développement du Kawar (A2DK) met en lumière les richesses que regorge le Kawar, cette oasis est située au Nord-est du Niger à environ 1 750 km de Niamey dans la région d’Agadez.  Agi Hamet Tchiari Lowoyé, promoteur de cette association, a accepté de répondre à nos questions.

Radio Jeunesse Sahel (RJS) : pouvez-vous, vous présenter ?

Hamet Tchiari Lowoyé (HTL) : Je suis Agi Hamet Tchiari Lowoyé, étudiant en Master II en Géographie, à l'Université Abdou Moumouni de Niamey et promoteur de l’association Agir pour la Découverte et le Développement du Kawar (A2DK).

L’association Agir pour la Découverte et le Développement du Kawar (A2DK) met en lumière les richesses que regorge cette localité située à environ 1 750 km de Niamey dans la région d’Agadez.
Les saline de Bilma

RJS : D’où vous est venue l’idée de la mise en place de cette association ?

HTL : L'idée de la mise en place de A2DK est née en 2018 à Niamey, à ma première année à l'université, pour diverses raisons. Moi, j'ai fait la terminale à Bilma, en 2017 et c’est à environ deux semaines du début du baccalauréat que les autorités nous ont amenés à Agadez pour la composition des épreuves. Agadez est à environ 750 km de Bilma. Nous avons foulé le désert avec la fatigue pour composer l’examen. Donc, la première raison, il n’y a pas de Centre de composition à Bilma. La seconde raison, la chute de Kadhafi en 2011 et l’apparition de l'or à Djado en 2014 ont porté un coup dur au système éducatif du Kawar.

La troisième raison, le Kawar est une zone qui a besoin d'une association de taille pour la valorisation de ses produits locaux ainsi que de ses ressources touristiques. Vous savez, après l'éclatement de Boko Haram, les dattes qui constituent une des richesses du Kawar ont perdu leur valeur, parce que cette insécurité est née dans le grand foyer de consommation des dattes en l'occurrence le Nigeria. . C’est pour cela, nous jeunes du Kawar, nous avons pensé qu’il faut changer de méthode en transformant les dattes par exemple en ARSA pour les écouler. Le ARSA est un produit très délicieux que les Nigériens et les étrangers apprécient.

Il y a également au Kawar un problème de connexion Internet pour mieux nous informer vu que nous sommes un peu coupés du monde.

Toutes ces raisons ont conduit à la mise en place de l’association A2DK afin de sensibiliser davantage les jeunes sur les richesses que regorge le Kawar. S’ils se mettent à la tâche, ils seront les plus nantis.

RJS : En mettant en place cette association pour la promotion et le développement du Kawar, vous avez pensé à quelle particularité ?

HTL : Au Kawar nous avons le sel, le natron et les dattiers. Si ces produits sont valorisés les jeunes n’iront nulle part et seront éloignés de toute tentation de gain facile.

RJS : Combien de membres compte l’association ?

HTL : Honnêtement, nous n'avons pas un nombre fixe mais nous avons deux représentantes des affaires féminines, le président, le secrétaire Général, le trésorier, le secrétaire chargé des affaires sociales et le vice-président.

Nous sommes en majorité des étudiants, nous avons peu de temps à cause des cours pour réaliser nos activités. A cause de cela, nous nous associons pendant les vacances avec nos camarades pour maximiser en menant des actions au nom de l'association et au nom des activités de grande vacances (AGV).

RJS : L’association est majoritairement composée de jeunes. Quels types d’activités mènent ces jeunes au sein de l’A2DK pour contribuer à développer le Kawar ?

HTL : les types d’activités que nous menons au sein de l’association pour développer le Kawar sont généralement les séances de sensibilisations, la plantation d'arbres pour la protection de l'environnement, le nettoyage des sources qui alimentent les jardins à Bilma, les journées de salubrité, l'organisation de matchs de football entre étudiants ou jeunes du département et les forces de défense et de sécurité (FDS) pour renforcer la cohésion. Nous avons beaucoup de projets pendant les vacances. L’association participe aux foires, aux expositions pour valoriser les produits locaux. Cette valorisation permettra aux jeunes de sortir de l'oisiveté.

RJS : Le chômage mine l’épanouissement des jeunes. Que fait concrètement A2DK pour y remédier ?

L’association Agir pour la Découverte et le Développement du Kawar (A2DK) met en lumière les richesses que regorge cette localité située à environ 1 750 km de Niamey dans la région d’Agadez.
Echantillon de différents produits de Kawar

HTL : Le chômage mine la jeunesse et c’est malheureusement une réalité. Pour remédier à cela, nous participons à des foires où nous faisons la promotion de nos produits locaux notamment le ARSA, c’est une transformation des dattes avec de l'arachide. Cette promotion crée de l’emploi pour les jeunes.  Actuellement au village, ce sont les jeunes filles qui pilent le Arsa pour nous envoyer afin que nous puissions vendre lors des foires. Quand elles envoient, elles en profitent beaucoup. En dehors de la production et de la valorisation du Arsa, il y a aussi, dans le Village de Achinouma ,les gens ont pris conscience de leur situation et ont adopté un prix fixe. Sinon, avant, le natron était vendu à des prix dérisoires. Nous sommes en train de mener des actions pour adopter un prix fixe raisonnable qui puisse être profitable aux jeunes. Il ne faudrait pas que leur situation précaire les emmène à s’enrôler dans les groupes qui ne vont rien leur apporter de bon. Également, nous travaillons à la production du sel qui est la principale activité économique de la population de Bilma pratiquée à environ par 90%. Le grand problème de cette activité est l’écoulement. En nous rendant dans les foires et expositions, nous voulons créer des foyers de consommation. S’il y  beaucoup d'acheteurs qui sont intéressés, cette activité peut occuper les jeunes.

En dehors de tout ce que je viens de citer nous voulons revaloriser la filière tourisme. Nous avons beaucoup de sites de zones montagneuses, beaucoup de zones attirantes mais peu valorisées depuis l’avènement de l’insécurité.  Pour cela, nous tentons de créer des conditions pour que les touristes repartent de chez nous avec des accessoires faits par nos jeunes. Pour leurs déplacements, ils vont louer les véhicules des jeunes et leurs guides sont nos jeunes.

RJS :  Quels messages avez-vous à l’endroit des jeunes ?  

HTL : Actuellement, il y a beaucoup de jeunes de notre localité qui se trouvent en Libye à travailler dans les champs, dans l’élevage, le commerce et autres. Dans l’agriculture, le Kawar a beaucoup de terres arables. Mon plus grand souhait est que les jeunes qui y travaillent investissent au Kawar pour créer de l’emploi. Chaque année, la région d’Agadez organise une foire pour la promotion de ses ressources. Nous aussi, si nos jeunes arrivent à s’organiser, cela peut nous servir d’exemple pour qu’on le fasse à Djado pour exposer les produits du Kawar.

Les jeunes qui travaillent dur sur le site aurifère de Djado, je les invite à investir au Kawar dans la filière agricole afin de créer de l’emploi.

Je conseille aussi aux jeunes d’étudier. Au Kawar, beaucoup de jeunes ont quitté les bancs. Il faut pourtant mettre l’accent sur l’éducation si on veut prétendre au développement. Le développement de nos pays passe par notre ardeur au travail. A ceux qui sont sur les bancs, je les invite à beaucoup sensibiliser ceux qui ont abandonné. Enfin, je conseille aux jeunes de s’investir dans les actions associatives même si c’est du bénévolat, car à long terme, ils sortiront grandis !

                                                                                                                                                     Interview réalisée par Mireille BAILLY